Assise au bord de la falaise, le regard noyé dans la mer déchaînée, elle semble ailleurs. Ses genoux recroquevillés contre sa poitrine lui donne l'air d'une fillette apeurée. Le vent joue avec ses longs cheveux dorés. Elle est seule. Il n'y a absolument personne alentours. Malgré sa peur du vide, elle adore cet endroit. Plus que ressourçant, il lui permet de rassembler un peu toutes ses idées. Elle a le c½ur en vrac et la tête à l'envers.
Il arrive derrière elle, à pas de loup. Il ne veut pas qu'elle l'entende. Pas tout de suite. Il prend le temps de la regarder au loin. Elle semble triste. Il sait que c'est à cause de lui. Le vent joue avec ses longs cheveux dorés. Elle est belle à crever. Il se décide enfin à avancer. Il pose doucement sa main sur son épaule. Doucement, pour pas qu'elle ait peur. Son épaule parce que le reste de son corps ne lui appartient plus.
Elle frissonne. C'est le vent. Il commence à faire glacial. Elle jette un coup d'½il derrière elle. Il n'y a personne. C'est idiot de s'imaginer qu'il va arriver et la prendre par surprise. Il ne l'a jamais fait et il ne fera plus jamais.
Il lui explique qu'il a mis du temps, mais qu'il a compris. Il lui prend la main. D'un geste mécanique et involontaire, elle le repousse. Et elle serre les poings. C'est injuste d'arriver sur le champs de bataille et de regretter d'y avoir posé une bombe. Le mal est fait.
Elle se lève finalement. Elle a trop froid. Elle veut rentrer. Mais un petit bateau de pêche accroche son regard. Tout petit dans l'immensité de la mer il lutte contre la tempête. Un instant de distraction du pilote, et il s'écraserait contre les rochers. Elle en serait la seule témoin. Et personne ne le saura jamais.
Il l'observe de loin. Il ne veut pas qu'elle le voit. Il ne sait pas trop pourquoi il est la. Il sait juste qu'il n'aurait pas du venir. Il sait que cette soudaine envie de la prendre dans ses bras et de la serrer fort contre lui n'est sûrement qu'un simple manque de tendresse. Il pense ne pas avoir réellement besoin d'elle. Mais elle est si belle, là, le vent jouant avec ses longs cheveux dorés.
Ses yeux se remplissent soudain de larmes comme trop souvent depuis quelques jours. D'un revers de la main, elle les sèche bien décidée cette fois à fermer la vanne pour un bon bout de temps. Comme à chaque fois.
Il se demande ce qu'elle fait, là, face à la mer. Le vent souffle de plus en plus fort et la mer sous ses pieds et de plus en plus déchaînée. Elle est là, debout, droite comme un i. Et puis un éclair de lucidité le traverse. Elle va sauter.
Elle se retourne. Lui reprend la main. Elle lui sourit. Pour la dernière fois. Elle lui en veut, mais moins qu'à elle. Et puis, comme un oiseau qui prendrait son envol, elle fixe la mer, bien décidée à ne plus faire qu'un avec elle. Et elle saute.
Elle se retourne. Elle croise son regard. Surprise, elle s'avancer vers lui. Elle lui sourit. Pour la dernière fois. Elle ne lui en veut plus. Elle ne s'en veut plus. Et puis, comme un oiseau qui prendrait son envol, elle le fixe, droit dans ses yeux bleus. Bleu comme la mer. Et elle s'en va, par le petit sentier côtier dans lequel il était tapi. Elle ne se retournera pas. Et elle ne verra pas le petit bateau de pêche se fracasser contre les rochers.